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Réduire à 5,5% la TVA sur les climatiseurs "réversibles", permettre aux "copros" d'installer plus facilement des volets... Les propositions du gouvernement n'arrivent-elles pas trop tard?

Publié le 30/06/2026
Alors que la France vient de traverser une semaine caniculaire, l'enjeu du "confort d'été" dans les habitations ressurgit dans le débat public. Le gouvernement dit vouloir abaisser la TVA des climatiseurs réversibles à 5,5%, et ajouter un amendement à son projet de loi sur le logement pour faire voter à la majorité simple des travaux d'installation de volets et de stores dans les copropriétés.
 

Il s'agit encore aujourd'hui d'un angle mort de la politique du logement. Alors que la France amorce tout juste sa sortie d'un épisode caniculaire majeur, ce samedi 27 juin, l'enjeu du "confort d'été" dans les habitations réapparaît dans le débat public comme un sujet prioritaire, 23 ans après la canicule de 2003, et un mois après la première canicule de 2026, fin mai. Un sujet amplifié d'année en année par le changement climatique.

Près d'un logement sur deux est aujourd'hui considéré comme une "bouilloire thermique" dans le diagnostic de performance énergétique (DPE), selon une étude publiée la semaine dernière par l'Alliance des industriels des solutions électriques et numériques du bâtiment (IGNES) et le cabinet Pouget, qui a analysé un panel de 9 millions de logements en France.

 

La raison principale reste le manque de protections solaires, premières barrières contre l'échauffement: environ 43% des logements ne possèdent pas de volets ou de stores sur l'ensemble des fenêtres exposées au soleil (façades ouest, sud et est). Le thermomètre dépasse ainsi bien souvent les 30 degrés à l'intérieur d'un appartement exposé. Aujourd'hui, quelles sont les pistes concrètes de réponse portées au niveau politique?

1 logement "performant" (A ou B) sur 3 est "insuffisamment protégé contre la surchauffe"

Pour l'heure, certains dispositifs dédiés à la rénovation énergétique ne prennent pas pleinement en compte l'adaptation aux fortes chaleurs. C'est le cas du DPE. "Sa méthode de calcul reste très déséquilibrée en faveur de la partie hivernale", explique Audrey Zermati, porte-parole de l'entreprise de rénovation énergétique Effy.

"Il n'intègre pas l'orientation des ouvrants vers le nord ou le sud, ni les gains d'une pompe à chaleur réversible (PAC dite "air-air")", qui sera considérée uniquement comme un appareil consommant de l'électricité".

D'autres gestes, hivernaux, sont par ailleurs privilégiés, mais ont un impact nul ou faible sur le confort d'été (comme l'installation de convecteurs électriques pour le chauffage, ou de certains matériaux isolants). Ainsi, même les propriétaires qui ont réalisé des travaux importants de rénovation énergétique peuvent être impactés par ces vagues de chaleur. Selon l'étude IGNES-Pouget, plus d’un tiers des logements dits performants (étiquettes A ou B sur le DPE) sont d'ailleurs "insuffisamment protégés contre la surchauffe". C'est-à-dire qu'ils ont obtenu la note "insuffisante" (niveau 3/3) sur le critère du confort d'été du DPE.

"Cela interpelle sur la bonne prise en compte du confort d’été principalement dans la rénovation", précise l'étude.

Intégrer le "confort d'été" dans MaPrimeRénov'

Le gouvernement, de son côté, assure qu'un tiers des rénovations d'ampleur dans MaPrimeRénov' (au nombre de 125.000 en 2025) comporte déjà des gestes de confort d'été. "Lorsque les fenêtres sont remplacées, les volets le sont souvent également", commente l'entourage du ministre du Logement, Vincent Jeanbrun. Mais pour l'heure, ces derniers ne sont pas obligatoires pour les logements mis en location. Le ministre a seulement indiqué au Monde que "la question du confort d’été devra systématiquement figurer dans le cahier des charges (du guichet), sur la base duquel on accepte ou pas de subventionner les travaux".

"Nous allons former dans l’année à venir tous les interlocuteurs qui, de près ou de loin, accompagnent le parcours MaPrimeRénov’ (espaces-conseil, Mon accompagnateur Rénov’…) au confort d’été", a-t-il ajouté.
Pour autant, le montant des aides MaPrimeRénov' par ménage (parcours d'ampleur accompagné) s'est réduit, selon Audrey Zermati, ce qui affecte la capacité des Français à engager certains gros travaux. "L'an dernier, le montant maximal d'aides octroyées à un ménage modeste était de 63.000 euros. Cette année, ce niveau a été divisé par deux, à 32.000 euros", car le budget 2026 pour MaPrimeRénov', de 4 milliards d'euros (similaire à 2025), doit aussi supporter des dossiers déposés l'an dernier.

Baisser la TVA sur les climatiseurs réversibles (pompes à chaleur "air-air")

Le sujet de la climatisation ressurgit aussi. L'an dernier, "14.000 rénovations d'ampleur ont installé une climatisation réversible" (pompes à chaleur dites "air-air", essentiellement fabriquées en Asie, ndlr), a précisé le ministre auprès du Monde. Il s'agit, dans l'univers des climatiseurs, de la solution "à privilégier", estime Audrey Zermati. Ces dernières consomment certes beaucoup d'énergie l'été, mais moins l'hiver lorsqu'elles sont en mode chauffage.

"Une PAC air-air peut suffire l'hiver pour chauffer un logement, notamment dans les régions tempérées du sud de la France", ajoute la porte-parole d'Effy.

Cependant, ces dernières rejettent de la chaleur à l'extérieur (ce qui contribue au phénomène des "îlots de chaleur") et, en cas de fuite, des gaz à effet de serre très nocifs (150 à 4.000 fois plus émetteurs que le CO2). D'où un véritable enjeu de maintenance.

Pour ces PAC, le gouvernement a confirmé, la semaine dernière, vouloir abaisser la TVA, de 20 à 5,5% pour la pose, et 10% pour l'équipement, à partir de septembre. Cette mesure, introduite dans la loi de finances 2026, doit encore être confirmée dans plusieurs décrets, qui devraient être "signés très prochainement", a souligné Vincent Jeanbrun, alors que le débat sur la climatisation refait surface. Le Rassemblement national veut, de son côté, lancer un prêt à taux zéro doté d'un budget de 20 milliards d'euros pour financer la rénovation des logements et la climatisation.

Voter à la majorité simple dans les copropriétés

Outre cette mesure attendue par décret, rien ne figure, pour l'heure, dans le texte du projet de loi sur le logement présenté ce mercredi 24 juin en conseil des ministres.

Le ministère de la Ville évoque seulement la possibilité d'introduire des amendements lors des discussions en hémicycle (soit portés par le gouvernement, soit par un député), ce qui n'est donc pas certain pour le moment. L'un d'eux devrait concerner les copropriétés : le gouvernement veut leur permettre d'adopter à la majorité simple des travaux de "confort d'été", et non plus à la majorité absolue. Avec, dans un premier temps, la possibilité d'adopter l'installation de stores, de volets et de brasseurs d'air. Plus tard, se posera la question d'un portage financier collectif, via un prêt adossé à la copropriété (là où il faut, aujourd'hui, que chaque propriétaire lève son propre prêt).

"En réalité, il y a une difficulté majeure à obtenir la majorité dans le conseil syndical pour voter ces travaux et vous avez des copropriétaires qui disent: 'Moi, je n’ai pas les moyens, la banque ne me prêtera pas d’argent, j’ai 85 ans'", a encore déclaré Vincent Jeanbrun au Monde.

"Nous travaillons donc à faire en sorte que le prêt bancaire ne soit plus un prêt à l’individu, mais à la copropriété, et que les copropriétaires puissent voter ces travaux de rénovation globale en assemblée générale à la majorité simple", a-t-il ajouté.

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